Un peu d’histoire

1896-1930    l’Église et l’éducation

Alcide Clément

Trois grands débats marquent cette période : les écoles juives, l’école obligatoire et la création d’un ministère de l’Instruction publique.  Nous parlerons de ce dernier débat.

Lors de la campagne électorale de 1897, les libéraux promettent d’apporter de sérieux changements en éducation. Une fois au pouvoir, leur premier ministre Marchand présente donc un projet de loi visant à instituer un ministère de l’Instruction  publique. Mais ce projet déclenche un conflit majeur entre les évêques et le gouvernement. Mgr Bruchési, alors archevêque de Montréal, se rend à Rome pour dénoncer et tenter de bloquer ce projet. M. Marchand s’empresse d’écrire au Vatican pour exposer son point de vue. Quelques jours plus tard, il reçoit un télégramme de Mgr Bruchési : « Pape vous demande de surseoir pour bill de l’instruction publique». M. Marchand, avec l’appui du lieutenant-gouverneur Chapleau, écrit à nouveau à Rome pour expliquer le sens de son projet. Suite à cet échange de lettres, le premier ministre Marchand déclare qu’il ne peut renier son projet au risque de devoir démissionner. Le cardinal Rampolla  télégraphie  du Vatican pour dire à M. Marchand que le pape « n’a pas eu l’intention d’exercer de telles pressions qui puissent amener le ministre à démissionner». Un autre évêque de Rome écrit au lieutenant-gouverneur du Québec que la manière de Mgr Bruchési «d’interpréter la pensée du Saint-Père lui a paru bien étrange».

Malgré toute cette triste saga politique, le projet de loi est accepté par une forte majorité de l’Assemblée du Québec. Mais ce projet de loi doit franchir la dernière étape du Conseil législatif. Or, Mgr Bruchési, qui continue à combattre ce projet de loi, réussit à influencer suffisamment de conseillers conservateurs pour le bloquer : 9 pour et 13 contre. Il faudra attendre plus de soixante ans, en 1964, pour que le Québec se dote enfin d’un ministère de l’Éducation. Comment conclure? Triste et décevante position d’une Église dominatrice qui semble avoir troqué sa mission évangélique pour le pouvoir politique. Les Canadiens-français de l’époque, devenus les Québécois d’aujourd’hui, ont été les grands perdants.

LINTEAU, DUROCHER, ROBERT, Histoire du Québec contemporain, Boréal   Express, 1979.

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