Once upon a time

Jean-Charles Hénault

Peu à peu, la coupe s’emplit et elle existe de par la volonté d’assouvir notre soif de connaître ceux qui  par la sueur d’un travail souvent exigeant,  sans les outils et la technique que nous possédons aujour- d’hui,  ont tissé notre quotidien.  La pomme que nous mangeons vient du pommier qui, lui, fut planté par une main d’homme.  Cette main ne se levait pas nécessairement lors d’assemblées publiques pour revendiquer  au nom d’un pays à bâtir, mais  cette main contribuait, à sa facon, à entretenir par un travail quotidien, une parcelle de village où il fait bon vivre.  Tout ceci pour dire que les traditions et la culture se transmettent par des gestes de tous les jours  et dans la chaîne, tous les maillons ont leur importance

Comment se bâtit un pays sinon par le quotidien rempli  de joie,  de peine, de sueur, de musique et de travail.  Il faut être témoin de notre vie de tous les jours et en voir la beauté. Amener l’ordinaire à l’extraordinaire.  Ne pas attendre les  agapes mais se régaler du plat de notre tablée du terroir. Faire ripaille de la richesse en place.

Ce mois-ci, nous rencontrons monsieur Neil Gautrey qui nous raconte à sa facon sa parcelle
de vie à Saint-Élie.  Le teint cuivré au fil du temps, des vents et du soleil , le visage buriné par le climat des saisons de notre beau pays, monsieur Gautrey m’accueille avec toute la simplicité d’un homme
de la terre dans la maison construite par son
arrière grand-père dans les années 1800.  Il me
dit que son arrière-grand-père Nathan qui
arrivait d’Angleterre aurait planté un saule
blanc à peu près à cette époque.  Son grand-père avait alors 5 ans.  A ce moment, il n’y avait même pas de chemin et c’est avec un cheval par un sentier de bois qu’il serait arrivé sur son terrain.  Nathan était un pionnier dans tout le sens du mot et courageusement coupe du bois et ramasse de la roche afin de bâtir sa maison.  Comme le dit  Neil, c’était probablement la première maison du rang.  Il y avait là un léger doute quant à savoir si c’était son ancêtre ou celui de  Jean-Paul Gendron (qu’on a rencontré le mois passé) qui a construit la première maison.

Le temps passe, les hommes vieillissent, les enfants naissent.  En 1956 le père de  Neil  Gautrey décède et celui-ci achète la maison actuelle et, la même année, entre au C.P.  Il prendra sa retraite en 1990. Pendant ce temps, c’est sa femme Grace qui s’occupe du roulement de la terre.

Ils gardaient 45 bêtes à corne au début. Avec le temps, le troupeau a réduit et aujourd’hui  Neil n’a plus que son chien pour s’occuper.  Les enfants partis,  il vit donc avec Grace, sa femme,  tout en continuant à  être actif.  Le couple a  eu six enfants.

En passant en face de chez lui, on peut voir l’affiche mentionnant que le fameux  «saule blanc» de son aïeul est le plus gros au Québec.  Jusqu’à maintenant, six générations de Gautrey ont vu pousser ce saule.  Son histoire mériterait qu’on s’y attarde davantage mais l’espace limite l’ardeur de ma plume.

  Salut monsieur Gautrey. Ce fut un réel plaisir de vous rencontrer. 

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